L'idée de ce blog, c'est que moi (Clairou) j'écris ce que je vois, vis et pense (des choses plus ou moins pertinentes), et puis vous (Mr ou Ms X, Y , Z et aussi W), vous les lisez et/ou vous regardez les images (oui je pense aussi à toi qui ne sais pas lire) ...et; (attention ça se complique) si vous avez envie, vous répondez (des choses sympas et profondes de préférence) et si, moi j'en ai envie (j'avais dit qu'il fallait suivre) et si je peux (rien n'est sûr) et bien: je lis vos compliments (e
Bernard* est arrivé aujourd’hui, je suppose qu’il va manger des petits fours, le veinard. Je ne connais pas exactement le programme, sans doute beaucoup de poignées de main, de photos et de discours en perspective, je pense que Bernard ira aussi passer le bonjour à Tony, sans qui il n’y aurait pas de troisième voie possible et puis il ira successivement faire des courbettes devant Olmert et Fayyad avant de repartir pour la Jordanie (pays ô combien moderne et ouvert selon les discours de notre cher Président). Passons.
Mais, je sais qu’il va inaugurer le Centre Culturel français de Jérusalem baptisé Chateaubriand. Pour moi Chateaubriand, ça a toujours été une nom de lycée en Bretagne. Je n’ai lu aucune de ses œuvres inouïes (et j’avoue que je suis moyennement tentée), mais à défaut de connaître l’écriture, je connais sa vie d’homme (oui enfin pas tous les détails non plus) et puis Bernard vient inaugurer du Chateaubriand en Terre Sainte alors j’ai une histoire particulière, insignifiante, voire inintéressante mais j’avais envie de la raconter.
Hiba m’appelle hier pour qu’on se retrouve au Centre Culturel franco-allemand de Ramallah. En bonne copine, un peu crevée, la tête rassasiée des blagues de Jihad, j’y vais. La seule chose que je ne savais pas était qu’il y avait une conférence du Chateaubriand avec 3 professeurs émérites français ayant fait spécialement le déplacement. Moi qui mange de la Palestine depuis un moment, me voilà projetée dans une espèce de conférence très franco-française me rappelant gentiment mes années littéraires. Malgré des débuts soporifiques mais excusables (le premier gars n’était pas très à l’aise et prenait manifestement la traductrice pour une demuerée), j’avoue que j’ai apprécié de retrouver un peu de ce ton majestueux des profs de littérature par la suite.
Mais, nous sommes à Ramallah, le public est donc un public de Ramallah, c'est-à-dire de palestiniens. Si j’ai pu apprécier la touche française, je dois avouer que mes chers profs vivent dans une bulle littéraire qui les empêche de communiquer avec l’extérieur. Aucune adaptation au contexte et surtout, aucune nuance sur Chateaubriand. En effet, pour faire un lien avec la Palestine, la conférence avait ressorti le voyage en Orient de Chateaubriand, exactement 2 semaines en Terre Sainte, un petit tour à Bethlehem, 4 jours à Jérusalem et une ballade à Jericho. Autant dire que c’est du lourd sur la Palestine surtout que le type passe son temps dans son bouquin a critiquer le régime Ottoman, je cite « l’occupation Ottomane de cette terre à l’époque », subterfuge malin (et connu de tous) pour faire en réalité, la critique du régime de Napoléon. Donc, Chateaubriand part en Orient pour mieux critiquer la France et nos professeurs viennent à Ramallah pour nous faire un cours sur l’histoire de France, la grandeur de Chateaubriand et son génie du Christianisme. C’était le but de la conférence me direz vous. Et je ne suis pas une fan des anachronismes. M’enfin doit bien avoir deux trois phrases dans le bouquins qui relève du pur orientalisme tel décrit par Edward Saïd, et je le sais, il y a des passages qui décrivent les bédouins d’une façon plus que dégrossie. Mais nos intellectuels esquivent les questions et ne sortent pas de la figure française de Chateaubriand. Le public palestinien reste sur sa fin. Rien sur l’Islam, encore moins sur sa description des sociétés arabes et même si le but de ces conférences est de faire vivre un peu de culture au milieu du bordel ambiant, il y avait de la demande du côté palestinien pour autre chose. Aussi, malgré tout le talent que certains peuvent lire dans les Mémoires d’Outre Tombe, Chateaubriand appartenait aussi à son époque et je trouve cela dommage qu’on n’ait pas réussit à le sortir des sentiers battus de l’écrivain à la recherche des sources du christianisme. Et puis, il y a tout de même d’autres grands écrivains français que Chateaubriand pour représenter la France, surtout ici. Alors, il est vrai que je n’ai pas lu le bouquin, que c’est vraiment insignifiant tout ce post, et qu’au fond je m’en fous un peu, mais bon tout de même, je reste interloquée !
Pour le reste, Bernard a bien choisi sa période car il fait bien moins chaud en ce moment. Et pour finir sur une phrase plus intéressante, pour les malheureux lecteurs qui seraient arrivés jusqu’ici : demain, c’est le début du Ramadan, ce qui veut dire un mois de diète pour les musulmans, ne pas boire ni manger, ne rien porter à sa bouche jusqu’au coucher du soleil, autant dire que c’est du lourd. C’est d’autant plus lourd que l’occupant, qui comme tout le monde le sait, ne fait que garantir sa sécurité, va rallonger les attentes au checkpoints sur les coups des 18h pour que tout le monde ait bien faim et soif et finisse par péter un câble. Mais bien sûr, il ne s’agit pas du tout de violence psychologique, n’oublions pas qu’Israël ne fait qu’assurer sa sécurité. Je parie même que Bernard va nous dire qu’il est important de garantir la sécurité d’Israël et qui va nous ressortir le fameux engagement français pour la création d’un Etat palestinien. Arrêtez moi ce charabia : il y a un Mur ô combien illégal, des colonies qui se construisent tous les jours et des incursions israéliennes toutes les nuits, et toi tu viens nous parler de ton Etat palestinien auquel tu n’as jamais cru et pour lequel tu n’as rien fait non plus. Pour un peu, ça me donnerait envie de lire du Chateaubriand !
*Kouchner, pour les intimes.