Je ne voudrai pas vous abreuver d'un récit idéalisé sur les villages palestiniens mais comme il ne faut jamais dire "fontaine, je ne boirai point de ton eau", je vous y invite quand même et; peu importe si j'ai des élans de niaise illusionnée: de toute façon vous êtes prévenus !
Ayant terminé la lecture de l'excellent livre de Romain Gary, les racines du ciel, j'ai découvert, il y a peu, les racines du ciel palestinien. Il est même possible de les toucher du bout des doigts au milieu des vergers d'oliviers, à travers ce paysage de terrasses typiquement Mediterranéen qui s'étend à perte de vue sur plusieurs kilomètres, dans une Cisjordanie ou il est encore possible de balayer des yeux l'horizon sans rencontrer une colonie. Là, au milieu des oliviers de Mahmoud, écrasée par le soleil mais heureuse comme un gamine, j'ai apprécié un de ces rares moments dans la vie qui vous donne l'impression d'être vraiment au bon endroit au bon moment et avec les bonnes personnes.
Alors un olivier ce n'est pas n'importe quel arbre, faut savoir s'en occuper mais pas trop non plus, il pourrait se vexer. Un verger d'olivier ça ne se vend pas et ça ne s'achète pas : ça se transmet de générations en générations. Une olive ça se cueille d'une certaine façon Mademoiselle et on ne presse pas les olives n'importe comment non plus. Plus qu'une activité oléicole, l'oléiculture est un art et il faut bien un gars comme Mahmoud, maître oléicole du village de Mazareh, pour vous le faire comprendre.
Mahmoud, il est un peu le Morel de l'histoire, il ne défend pas les éléphants mais les oliviers. Un caractère bien trempé, des yeux malicieux, quelques rides au coin des yeux qui vous regardent de haut en souriant parce qu'elles ont été entraînées à voir très loin sans se prendre au sérieux. Mahmoud n'appartient pas à la catégorie des gens motivés ou pleins d'espoirs. C'est autre chose: Mahmoud est un Homme qui ne sait pas désespérer et le plus intéressant, c'est que je ne suis pas sûre qu'il en soit lui même conscient. Et c'est peut être mieux comme ça sans quoi, il la perdrait sans doute, cette légèreté tellement inspirante pour les autres.
Il peut attendre des temps impossibles aux checkpoints, mettre 5 heures pour se déplacer au lieu d'une, avoir des difficultés à vendre la meilleure huile d'olive du monde parce que l'Histoire en a décidé autrement, il est, comment dire....présent, fidèle au poste et avec le sourire en prime. Non pas qu'il dise "ça ira mieux demain" ou "je ne désespère pas", encore moins qu'il élabore des stratégies pour contourner la réalité ou fasse des plans sur l'avenir: il a confiance en vous, c'est tout. Mais c'est énorme quand on y pense. Il ne vous le dis pas: nul besoin de l'exprimer, vous le sentez tout de suite. Il poursuit sa route, chemin faisant, sur un sentier qui n'appartient qu'à lui mais dont la voie est commune à tous. Moi je dis qu'il faut sacrément aimer les oliviers pour en arriver là.
Une source d'eau, des vestiges romains, un potager de tomates et de concombres sucrées sans oublier des oliviers vieux de 2000 ans: on s'installerait bien là finalement. ça sent la liberté à plein nez ici et ...devinez quoi ? c'est en Palestine.