Il est parfois des évidences et des réalités qui méritent d'être dites et répétées quand on veut vous faire croire le contraire. Alors répétons le: la situation ici est avant tout politique. Je veux bien admettre que je suis très mal placée pour critiquer le travail des organisations d'aide humanitaire et de développement mais ce monde est loin d'être homogène et comme il y a à boire et à manger, je préfère garder vers moi ce qui me semble être le meilleur et dénoncer ce qui me semble être le pire.
Je m'explique: je n'ai rien contre l'aide aux populations palestiniennes (le comble) mais j'ai beaucoup de mal à accepter que le discours humanitaire remplace le discours politique et j'ai encore plus de mal à accepter cette aide quand elle est faite n'importe comment. Les organisations humanitaires doivent jouer leur rôle et; quand elle commencent à jouer le rôle de tout le monde, quand ce qui compte pour USAID c'est la quantité et non la qualité, quand on achète des ordinateurs qui finissent dans la poussière sans être utilisés, quand on dépense des sommes énormes pour l'achat de matériels inadaptés, j'ai comme un problème de conscience personnelle. Et puis quand tout le monde agit comme une ONG, quand le rôle de l'Autorité Palestinienne n'est pas de fixer des règles et des lois mais de lancer des programmes de développement, je me pose des questions...
La Palestine est un territoire sous perfusion de l'aide internationale. Ce n'est pas nouveau mais ce qui me gêne c'est que le discours de l'aide (et l'instrumentalisation de ce discours) est omniprésent dans les espaces politique, économique et social. Ce sont les bailleurs de fonds qui fixent les règles et les discours: bonne gouvernance, transparence, qualité, participation des parties prenantes suivi/évaluation et c'est aux organisations et communautés palestiennes d'accepter "le kit du développeur" ou de rester hors jeu. La plupart du temps, ce n'est pas elles qui décident ce dont elles ont besoin. Le discours de l'aide est présent dans tous les espaces de la vie sociale. Pas une organisation palestinienne qui n'ait reçu un financement français, Suisse, Européen, américains sans compter les Nations-Unies...Sans presque aucune coordination entre les financements, of course. C'est une économie de l'aide qui s'est mise en place alors qu'une économie de résistance aurait pu être envisagée, elle aurait pu être une alternative. La solution humanitaire n'est pas une fatalité. Je veux bien croire que la neutralité des humanitaires est un principe important (même si je suis convaincu qu'il n'y a jamais de neutralité possible, encore moins en Palestine) et que c'est l'absence de politique qu'il faut dénoncer et non le "trop d'humanitaire" mais une bonne partie de l'aide au développement vient des agences gouvernementales des pays du Nord alors ça me fait bien rire (surtout que ce qui compte pour ces agences c'est la valeur et le volume du don....pas les résultats et les impacts qu'il entraine, autant dire que du suivi ....tu peux toujours le chercher)
Ce qui je veux dire par là, c'est que la solution humanitaire n'est pas la seule solution possible faute de mieux. C'est un choix. Elle comble le vide politique laissé la communauté internationale (concept si peu analytique mais ô combien pratique je vous l'accorde) ce qui arrange bien cette communauté qui encourage d'ailleurs cette solution. Le discours de l'aide au développement est facile mais il est dangereux. La détérioration de la situation humanitaire en Palestine est dû au manque de prises de décisions politiques de la part des pays du Nord et à leur volonté de diffuser le modèle de l'aide au développement pour compenser. Je n'oublie pas la part de responsabilité des palestiniens dans cette histoire (sans parler d'Israël mais c'est une évidence) mais cette volonté de transformer une situation politique en une situation humanitaire me semble être un choix délibéré de la communauté internationale, choix qui mène à beaucoup de projets minables et de gaspillages inutiles et qui contribue à la diffusion d'un discours charitable alors que c'est une discours responsable qui pourrait faire changer les choses. Certes, l'aide fournie permet de créer de l'emploi au niveau local mais il s'agit d'un cercle vicieux qui structure la société palestinienne sur le mode de l'aide au développement et on ne constuit pas un Etat indépendant sur ce mode.
Prenons un exemple: le discours actuel des organisations internationales est aujourd'hui de dire qu'il faut soutenir le secteur privé parce que le problème de la Palestine est avant tout économique. Des centaines de projets de soutien au secteur privé vont donc être lancés. Très bien. M'enfin, c'est un comble de ne pas dénoncer l'occupation israélienne et le controle de l'économie palestinienne par Israël, de ne pas pas dire que les produits israéliens envahissent les territoires occupés alors que les produits palestiniens ne peuvent pas entrer sur le marché israélien et qu'il est très difficile d'exporter pour une entreprise palestinienne sans compter les droits de douanes ...Moi je veux bien soutenir le secteur privé palestinien mais il faut partir de la réalité politique. Quand on sait que 45% de l'aide internationale destinés aux palestiniens revient en réalité à Israël....il y a de quoi s'interroger sur le soutien au secteur privé.
Le tableau est volontairement peu optimiste et un peu exagéré. Je m'excuse pour les longueurs et le manque de clarté mais je pense qu'il ne faut pas oublier que derrière les discours sur la vulnérabilité et la détérioration des conditions de vie de la population palestinienne, il y a le conflit politique et l'occupation qui est à la racine de toutes les difficultés de la Palestine. La solution est donc politique et les perfusions humanitaires ne pourront pas la remplacer.