Mercredi 9 janvier 2008 3 09 /01 /Jan /2008 10:25
... un arabe d'Israël en prime time  par Benjamin Barthe
Par Clairou
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Mardi 8 janvier 2008 2 08 /01 /Jan /2008 23:59

D’une certaine façon, les grandes puissances mondiales qui soutiennent l’Etat d’Israël de façon inconditionnelle se sont accaparées le langage de l’aide internationale pour éviter de parler celui de la responsabilité politique. La Conférence des donateurs de Paris du 17 décembre 2007 en est un exemple révélateur. La dépolitisation du conflit, loin d’être inéluctable est donc un choix des gouvernements des pays du Nord qui sont aussi les principaux bailleurs de fond internationaux des TPO et cette  dépolitisation volontariste a, à son tour, des conséquences politiques. Le discours développementiste et humanitaire permet de combler le vide politique laissé par les gouvernements des pays du Nord. Au-delà du rôle palliatif ou compensatoire, supposé ou attendu de l’aide internationale, la dépolitisation, accompagnée plus récemment de  l’humanitarisation du conflit et du registre émotionnel, contribue aussi à renforcer la déresponsabilisation de l’Etat d’Israël de ses obligations en tant que puissance occupante par rapport à la population occupée. Mais la dépolitisation du conflit est aussi le fruit de la routinisation dans laquelle sont entrés les acteurs de la configuration développementiste et humanitaire dans les territoires, pris au piège entre leur discours de légitimation et celui qu’on serait en droit d’attendre des décideurs politiques, des acteurs qui sont aussi les témoins à ce jour, de plus de soixante ans de conflit, de processus de paix avortés et de millions de dollars gaspillés.

 

Non seulement l’aide internationale en entretenant le statut quo et en ayant de surcroît, des effets de distorsions sur l’économie palestinienne finance l’occupation et participe à la détérioration de la situation économique dans les territoires ; mais, la substitution du discours de l’aide au discours politique agit comme un cercle vicieux qui en appelle toujours plus à la responsabilité humanitaire internationale et de moins en moins à la responsabilité politique d’Israël. En effet, si on peut fustiger l’aide internationale dans ses principes, ses actions et ses résultats, il ne faut pas oublier qu’elle n’est qu’un coupable de substitution, une sorte de bouc émissaire, peut être volontaire mais qui masque la responsabilité de l’Etat d’Israël dans la crise que traversent les TPO. Si on peut critiquer facilement les gaspillages répétés de l’aide internationale dans les TPO notamment par rapport à ses résultats en accusant facilement cet être invisible et non identifié qu’est la communauté internationale de faire des mauvais choix et de manquer de coordination ; la responsabilité originelle de l’Etat d’Israël dans la situation actuelle des palestiniens a trop tendance à être diluée et occultée à travers la stigmatisation des fonctionnaires de l’Onu aux salaires de dictateurs africains et la dénonciation de l’argent gaspillé dans des projets jugés idiots. Même si les abus sont vrais, il est tout aussi exact que « Depuis la seconde Intifada fin 2000, la facture de l’aide internationale partie en fumée est estimée à plusieurs centaines de millions d’euros »[1]. Cette aide internationale partie en fumée n’est pas seulement celle qui est allée rejoindre les comptes en banque des hommes politiques palestiniens les plus corrompus mais bien l’argent de l’Union Européenne ayant servi à financer des infrastructures dans les TPO. Pourtant, « Port de Gaza, détruit par Israël. Aéroport de Gaza, bombardé par Tsahal »[2], prennent souvent des allures de catastrophes naturelles comme si Tsahal n’était pas le nom d’une armée étatique mais celui d’un ouragan qui se serait formé en pleine mer Méditerranée.

 

En effet, il n’est pas rare que certaines voix rappellent que les Palestiniens ne sont « pas pauvres à cause d’une catastrophe naturelle, mais parce qu’ils vivent sous occupation »[3].Ce rappel nécessaire et pourtant irréaliste est aussi le fait, d’un côté, de la substitution du langage de l’aide internationale au discours politique qui « revient à ranger la colonisation et l’occupation d’un peuple par une armée au rang de catastrophe naturelle »[4] mais elle est aussi, d’un autre côté, le fait d’une forme de routinisation dans laquelle se sont progressivement engouffrés certains acteurs de la configuration développementiste et humanitaire depuis plus de soixante ans. Le facteur temps joue un rôle très important dans le contexte israélo-palestinien. Soixante ans de conflit, c’est long. Il n’y a jamais eu de véritable sortie de crise pour les acteurs de la configuration développementiste et humanitaire. Ils n’ont jamais quitté le territoire depuis le début de l’occupation. En d’autres termes et, sans aller à dire qu’il s’agit d’une répétition d’échecs, les projets des acteurs de la configuration dans les territoires se renouvèlent depuis plus de soixante ans. Ils n’ont, en tout cas, jamais de fin. L’Onu a développé dans les territoires un réseau de programmes sans comparaison possible avec d’autres parties du globe. Le réseau onusien représente autant d’agences pourvoyeuses d’emplois pour de nombreux internationaux mais aussi au niveau local. Les acteurs de la configuration développementiste et humanitaire sont, en quelque sorte, bien implantés dans les TPO, ils y sont même, installés.

 

Ils ont aussi évolué avec le conflit au point d’en devenir l’un des protagonistes. Aujourd’hui, force est de constater qu’ils acceptent un certain scénario : celui d’éviter que la situation ne soit pire qu’elle ne l’est déjà pour les palestiniens et pourtant, ils n’arrivent même pas à tenir ce rôle. Qu’ils renflouent les caisses, qu’ils compensent, ils cantonnent, qu’ils évitent la banqueroute où qu’ils colmatent, ils participent à un cercle, à chaque tour un peu plus vicieux. Ils font ce que leurs collègues et financeurs, les bailleurs de fonds de la configuration, leur demandent de faire, ce que ceux qui définissent les règles du jeu ont choisi comme solution pour les TPO : ils aident de la façon qui le leur est demandée, avec plus ou moins de marge de main d'oeuvre et ils se font concurrence pour obtenir des fonds. Mais, tous ces acteurs partagent au moins une chose : seule la force de leur discours et de leur langage de légitimation pallie les insuffisances de la routine d’action dans laquelle ils se sont installés en Palestine. Ils sont toujours indispensables mais ils sont de moins en moins crédibles. Qu’ils financent l’occupation israélienne depuis 60 ans, qu’ils développent de nouveaux programmes humanitaires pour sauver des vies palestiniennes où qu’ils se plient aux exigences des donateurs internationaux, ils endossent avec le temps, la responsabilité qu’Israël n’a jamais voulu assumer et qu’on ne lui a jamais demandé d’assumer. Ils deviennent, qu’ils l’aient choisi ou non, les complices de la lâcheté politique des acteurs/décideurs de la scène internationale.

 

AM

 



[1] Georges MALBRUNOT, « L’argent gaspillé de la paix », in Le Figaro, lundi 17 décembre 2007

[2] Ibid

[3] Ibid

[4] Mériem BOUCHEFRA et Denis SIEFFERT, « Palestine : le double langage des occidentaux », in Politis, 18 Mai 2006

Par Clairou
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Vendredi 28 décembre 2007 5 28 /12 /Déc /2007 12:36
Par Clairou
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Lundi 29 octobre 2007 1 29 /10 /Oct /2007 17:17

 

Un dernier jour, c’est un peu comme un dernier verre, on en a pas vraiment envie mais on y est amené par la force des choses…

5 mois et 5 jours en Palestine, c’est un peu comme un rêve andalou abîmé, on veut comprendre, et puis ça devient une obstination…

Faire un bilan de ce séjour, c’est un peu comme lire la moitié d’un livre, on n’en connait pas la fin… d’ailleurs, j’ai presque oublié comment ça a commencé.

 Pourtant, entre derniers au revoir et rapports (oui je suis exploitée) et si je devais, malgré tout,  retenir deux ou trois choses, quatre ou cinq impressions subjectives de cette expérience, elles seraient les suivantes :

 A ceux qui me demanderont une première impression, je leur dirai cette première chose : cet endroit du monde est énorme paradoxe en action au point ou j’en arrive à la conclusion, toute aussi paradoxale qu’il est beaucoup plus facile de vivre en Palestine qu’en Israël. En tout cas pour un étranger, propriétaire privilégié d’un passeport européen. En tout cas pour moi. Aller dans les villes israéliennes me donne toujours le sentiment désagréable de me frotter à une société sans jamais la comprendre, sans jamais toucher du doigt ce qui fait que ces gens, vivent comme si de rien n’était, comme si il n’y avait pas de palestiniens à quelques kilomètres de là, comme si la folie du projet sioniste se justifiait pleinement … Bien sûr, le israéliens sont loin de former une société homogène mais ça reste un échec pour moi, il y a quelque chose qui m’échappe et je dois avouer que me balader en Israël avait parfois quelque chose d’insupportable et je dis bien parfois (bien que souvent), il est des humeurs plus ou moins disposées à s’accommoder … Une chose est sûre, c’est que je suis devenue antisioniste.

 A ceux qui me parleront des pauvres petits palestiniens, je leur dirai cette deuxième chose : il faut se garder de tout misérabilisme. Qu’on ne vienne pas me demander de jouer les yeux mouillés. Il y a quelque chose de terrible à considérer les palestiniens comme un peuple de bons petits arabes au sort injuste. Oui, les palestiniens sont un peuple opprimé. Oui, ils subissent une occupation illégale et destructrice. Mais, il y a la Palestine et les palestiniens. Il y a la cause et les gens. La Palestine a son lot de cons, de collaborateurs, de machos comme partout ailleurs dans le monde. La résistance reste un choix personnel ou familial. Les palestiniens ne sont pas une entité homogène et uniforme, pierre à la main et drapeau en écharpe. Bien sûr, la charge émotionnelle est parfois  tellement forte que ce ne sont pas des discours nuancés qui me sont venus à l’esprit, mais je ne suis pas palestinienne et je ne sais pas ce que c’est de naître en Palestine. Je ne peux être qu’un témoin parmi d’autres de cette situation irréaliste. Je ne peux que modestement partager mon expérience et dénoncer ce qui se passe ici. Je ne peux que vous compter les formidables moments que j’ai partagés avec Mohammed, Mahmoud, Mohammed, Issa, Nassar, Ayoub, Hiba, Faisal, Mahmoud, Salam et Mohammad …(oui je sais, ça fait beaucoup de Mohammed). Une chose est sûre : je n’offrirai jamais qu’une vision partielle et je ne parlerai jamais au nom des palestiniens.

 A ceux qui me diront que je suis courageuse, je leur dirai cette troisième chose : Ramallah est un gros bourg sympathique. Ce n’est pas Naplouse, ce n’est pas Jenin. Les rues sont animées, on trouve des bars ouverts tard le soir, il y a de la fête et de la vie. Il y a des expositions artistiques, des concerts, des soirées thématiques. Alors évidemment, ce n’est pas tous les jours et ce sont bien souvent des lieux d’expatriés privilégiés ou de riches palestiniens, loin de moi l’idée de donner l’image de d’une ville tendance, mais il est important de souligner que ces lieux existent. Le paradoxe est à nouveau dans la place : entre incursions et martyrs, les hommes et les femmes s’adaptent des espaces de liberté. Avec tout ce que l’adaptation contient de terrible. 5 mois à Naplouse auraient été différents, je pense même que je n’aurai pas eu les nerfs assez solides, et je n’imagine même pas ce qu’aurait pu être Gaza…Je n’ai pas travaillé dans les camps de réfugiés ni évolué dans une organisation difficile. Une chose est sûre : j’ai vécu des grands moments de bonheur à Ramallah.

 A ceux qui me poseront des questions sur l’Islam, je soulignerai qu’il y a des arabes chrétiens et je ne pourrai donner un avis subjectif que sur les islams palestiniens. Je leur dirai qu’il y a autant de pratiques que de fidèles, que les interprétations du Coran dépendent des yeux qui le lisent avec plus ou moins d’indications politiques selon la longueur de la barbe, avec paix et amour ou guerre sainte selon les jours. Peut être qu’il y a globalement un retour vers l’Islam empreint d’influences saoudiennes avec un certain rigorisme mais, la religion est aussi pour beaucoup de personnes une bouée de secours, une sorte de kit de survie dans le bordel ambiant et un élément d’explication face à l’hypocrisie internationale et surtout, une réponse au discours de l’administration Bush.  Bien sûr, il y a des femmes voilées, bien sûr ce n’est pas toujours un choix libre et conscient. Mais on ne saurait réduire la liberté d’un être selon qu’il porte au non le voile. D’autant qu’il peut autant signifier soumission que dignité. Il y a la religion, il y a les traditions, il y a le regard de la société. Après il y a des droits pour chacun et c’est là le plus important. Bien sûr, les rôles sociaux qui reviennent aux femmes et les espaces d’expression qui leurs sont laissés font parfois bondir et les donneurs de leçons morales ont quelque chose d’irritants. Mais, il faut aussi distinguer ce qui est donné à voir et à entendre pignon sur rue de ce qui se passe côté jardin. La société musulmane palestinienne est loin d’être statique. Rien qu’au PFU j’ai rencontré une palette de musulmans et de musulmanes extrêmement variée. Je vous invite également à vous renseigner sur la place des femmes dans certaines communautés juives et plus généralement sur espaces laissés aux femmes dans toutes les religions du livre. Si la question des femmes est tendance, celle des hommes l’est tout autant. J’en retiens un énorme sentiment de frustration et un problème personnel pour ce qui est de la représentation de la femme « occidentale ». Une chose est sûre : la religion est un outil d’une puissance redoutable pour tout ce qui touche à ce conflit. Comme rien n’est vérifiable (n’en déplaise aux plus pieux d’entre vous), on peut lui faire dire ce qu’on veut et il suffit de pencher un peu du côté de Jérusalem pour avoir une idée.

 A ceux qui me demanderont si je crois à l’huile d’olive palestinienne, je leur dirai de relire mon blog en entier et peut être même que je ne répondrai même pas tellement la question est con (humour bien sûr, ne te formalise pas). C’est ma seule religionJ. Travailler avec et pour un syndicat agricole palestinien,  Iti’had Muzara’in Falastiniyye, c’est débarquer là ou personne ne vous attend, découvrir le monde merveilleux de l’huile d’olive et avoir envie d’y rester un peu plus longtemps. Et ça marche. Je remercie par la même occasion le réseau FFIPP sans qui je n’aurai pas rencontré cette équipe de choc qui m’a accueilli à bras ouverts (un peu trop parfois d’ailleurs).L’huile d’olive palestinienne est un poison magnifique. Une chose est sûre : je n’ai pas fini de vous en parler.

 A ceux qui me parleront d’espoirs de paix, je ne saurai que répondre. L’espoir fait vivre mais en attendant ce sont de vraies balles qui tuent. Ce mot ne signifie rien pour moi. Il ne correspond à rien de ce que j’ai vu et entendu ici. Il a été dénaturé, on lui a enlevé toute signification. Il n’y a rien qui me fasse penser à la paix. La communauté internationale n’a que ce mot là à la bouche. Serait-il possible que ses yeux rencontrent la réalité ou dédaignent bien la voir. Parler de paix alors qu’aucune des résolutions internationales n’ont été appliquées concernant la Palestine ça me semble étrange. Parler de paix alors qu’il y a un mur qui saigne le paysage, ça me semble bizarre. Parler de paix alors qu’il y a des checkpoints qui empêchent la libre circulation des palestiniens sur leur territoire, ça me semble irréaliste. Parler de paix quand je vois la monstrueuse construction qu’est Qalandia, je reste interloquée. Parler de paix alors que la colonisation sioniste continue et que l’armée israélienne est partout ça me semble fou. Parler de paix alors que le projet de grand Jérusalem prend forme grâce au soutien d’une entreprise française, ça m’écœure. Parler de paix alors qu’il y a des incursions toutes les nuits dans les villes palestiniennes et des destructions de maison tous les jours, je ris jaune. Parler de paix, alors qu’il y a des morts tous les jours, ça me fait moins rire. Alors, peut être que nous n’avons pas la même définition du mot paix. Peut être que la paix passe par un isolement de Gaza et de sa population, par une guerre civile palestinienne entre un pseudo Fatah et un certain Hamas, par la signature d’un énième accord de paix accompagné d’une magnifique feuille de route qui morcelle encore plus ce qui reste de territoire palestinien, ne mentionne pas la question des réfugiés et reconnaît, de facto, l’annexion de Jérusalem…c’est la thèse pacifiste défendue actuellement. Alors, on peut me reprocher que je n’y mets vraiment pas du mien pour voir quelque chose de positif, à juste titre d’ailleurs, mais plutôt que de parler de paix, je préfère parler de libération. Il ne peut y avoir de paix sans libération. Une chose dont je sois sûre : la Palestine est aujourd’hui un pays sous occupation.

 Enfin, à ceux qui me demanderont « alors comment c’est là-bas ? », je les inviterai expressément à venir faire un tour en Palestine, le nez dans le bordel, les yeux attentifs et les oreilles à l’écoute en espérant qu’ils me livreront, à leur tour, une part de leur propre rêve andalou ….alan-w-salan

 Je remercie tous ceux qui ont suivi ces 5 mois de stage de rêve andalou et qui y ont participé depuis la France ou ailleurs dans le monde et j’espère vous revoir très bientôt en France ou ailleurs mais surtout ici …inch’allah. Bon, je m’arrête là parce que ça commence à faire mélo… (Et dieu sait que j’aime le mélo).

 Oléicolement,

 Clairou

 

Par Clairou
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Jeudi 25 octobre 2007 4 25 /10 /Oct /2007 12:06
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Des champs en terrasses, des vergers d’oliviers, des arbres centenaires, des olives et de l’huile d’olive sans oublier ces hommes et ces femmes qui en assurent l’entretien, préservent l’héritage, cueillent le fruit en famille et produisent une huile aux qualités remarquables : le temps s’est arrêté pour moi à Mazari’an Nubani et, pour votre plus grand plaisir j’annonce le retour de la niaise illusionnée. J’attendais ces journées comme une gamine attend une récompense. Je ne pouvais pas quitter (momentanément ?) le sol palestinien sans participer à la récolte des olives qui a commencé il y a maintenant un peu plus d’une semaine.

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Il y a avait de quoi me contenter. J’avais déjà le cœur mais je voulais aussi endosser l’habit du travailleur oléicole. On m’a taillé un costume sur mesure: 2 nuits à Mazari’an Nubani dans la famille du président de la meilleure coopérative oléicole de Cisjordanie : j’ai nommé le grand Mahmoud. Levée à 5h30 du matin, ouvrir les yeux a été le premier effort douloureux. Départ dans une voiture que j’appellerai familièrement « moteur douteux sur roues avec portières aléatoires » MDSRAPA, grand moment de secousses sur les chemins caillouteux et montagneux menant aux vergers de Mahmoud ce qui a bien failli nous couter la vie suite à l’envolé violente de drapeau palestinien accroché sur la capot intérieur du MDSRAPA venant couvrir, chargé de plus d’un kg de poussière, le visage du conducteur. Remise de mes émotions pour en affronter de nouvelles, à savoir 2 km de marche (ou plutôt de côtes et de pentes) pour rejoindre presque toute la famille (frères, sœurs, enfant et cousins) déjà sur place, je connu alors mon premier grand moment de bonheur.

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Alors bien sûr, casquette communiste sur la tête, la niaise illusionnée voulait montrer qu’elle connaissait le travail des champs (ce qui n’est pas faux mais pas tout à fait vrai non plus). J’ai cueilli comme zay machina à la plus grande surprise de mes compagnons de cueillette pour qui j’étais déjà devenue l’une des leurs. Les femmes, surtout, ont salué mon énergie puisque, répartition du travail oblige, les tâches revenant aux femmes dans la récolte sont les plus difficiles (notamment la récupération des olives moribondes et le tri sélectif entre olives et feuilles). J’avoue que j’ai bien apprécié la sieste de midi sous un olivier, ma foi, très confortable. De chaudes et dures heures de labeur sont venues animer un après midi très agréable. Entourée de paysages magnifiques, découvrant des ruines insoupçonnées et une source d’eau au milieu de nulle part : j’étais heureuse.

17h arrivant, il était temps de quitter ce petit coin de paradis pour emmener notre récolte de la journée, soit environ 160 kg d’olives, au moulin (ça calme n’est ce pas ?). Un retour au village aussi aventureux et drôle que l’aller, nous voici de retour à Mazari’an Nubani. J’avais eu la chance de visiter le moulin la vieille. Une chance de privilégiée car il s’agit d’un lieu uniquement masculin (mais inch’allah ça va bientôt changer).

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Je découvrais déjà les premiers symptômes de fatigue et la fatigue à l’avantage ou l’inconvénient de me rendre très joviale. J’ai passé la soirée avec toute la famille à communiquer dans une langue inventée pour l’occasion et à jouer avec les enfants aux puissance 4, X/0, pendu et à l’étrangère timbrée de service, ce qui a largement contribué à augmenter ma côte de popularité auprès du frère de Mahmoud à la recherche d’une femme number 3. J’ai promis de mettre une annonce en France : avis aux amatrices ! Sachant que la femme number 2, présente à cette occasion n’a pas manqué de marquer son désaccord sur un ton humoristique avec des arguments chocs. Je lui ai alors proposé de lui chercher un homme number 2, autant dire que le mari en a pris pour son grade ce qui nous a fait beaucoup de bien à toutes les deux.

Couchée à 22h, grande première depuis que je suis en Palestine, je n’ai pas eu le moindre mal à m’endormir. Le réveil à 6h30 le lendemain matin était nettement moins évident sachant qu’une autre journée « huile d’olive » m’attendait à Jénin avec les délégations AFPS actuellement en missions en Cisjordanie accompagnée de quelques courbatures et de souvenirs oléicolement inoubliables…

Poème palestinien de Mahmoud Darwich:

Si l'olive se souvient de son planteur
Son huile se transformera en larmes
Oh! sagesse des ancêtres, notre corps pour vous deviendra
Un habit de protection pour vous.

On va éplucher les épines par nos cils, et on va couper la tristesse
Et l'enlever de notre terre.

L'olivier conservera sa couleur verte à jamais
Et rentrera autour de la terre comme une arme.

 

Par Clairou
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Mercredi 17 octobre 2007 3 17 /10 /Oct /2007 16:35

Une organisation comme le PFU mériterait de figurer parmi les meilleures de ce monde en toute objectivité bien sûr. Elle y figure d’ailleurs pour moi en toute subjectivité. Je la quitte dans deux semaines, le cœur lourd, je ne vous le cache pas, parce qu’au-delà des olives ça reste tout de même une histoire de cœur. Rassurez vous, j’en ai fini avec les lignes mélo-pathético-stériles, j’en viens à mon sujet, aucunement prédéfini d’ailleurs mais qui se dévoilera tout seul au cours de ces lignes que vous vous donnerez la peine de lire une fois de plus.

 

Je me rends compte que je vous ai si peu parlé du PFU au cours de ces derniers mois, honte sur moi car le PFU mérite son heure de gloire ou plutôt les gens du PFU méritent tous une minute de paillettes (je ne doute pas que mon blog soit devenu un passage incontournable pour vous tous). J’ai partagé (je partage) le quotidien de palestiniens qui malgré (ou peut être à cause) de l’occupation et son cortège d’humiliations, crimes et martyrs ; sont les personnes les plus ouvertes et drôles que j’ai jamais rencontrées (mis à part toi qui lis ces lignes bien sûr, je ne voudrai pas froisser ton égo). Alors je ne vous parlerai pas des familles décimées, des difficultés économiques et des peurs structurelles des agriculteurs palestiniens ni de leur résistance magnifique et sans cesse renouvelée pour leur terre et l’avenir de leurs enfants, encore moins de leur sens de l’honneur et leur hospitalité inégalée, j’aurai l’impression de reproduire des représentations devenues monnaie courante dès qu’il s’agit de palestiniens, dès qu’il s’agit de Palestine, dès qu’il s’agit de ce bordel surréaliste.

 

Le PFU, c’est à Ramallah et pour penser à des lendemains meilleurs, il faut être armé et le PFU a une arme bien plus redoutable en poche pour agir comme il faut car, au-delà des formations, du capacity building, de l’argent des bailleurs de fonds, des projets, des programmes, des manifestations, du lobbying et des meetings, il faut tenir le cap. Cette arme, c’est l’humour. J’ai nommé J qui se déshabille dans mon bureau à force de déclaration enflammées, M qui blasphème sur un crucifix perdu au milieu d’un bureau d’une organisation communiste. I te tape dans le dos à t’en donner des bleus, T qui se fait coller des tatouages gratuits sur le bras avant de faire le tour du bureau, M2 qui me raconte les blagues les plus nullissimes mais magnifiques sur la réputation des gens de Naplouse et Al-Kalil et S qui vient gentiment me demander un petit truc à manger en plein ramadan parce qu’il n’en peut plus.

 

Tout compte fait, je ris beaucoup en Palestine, je pleure de rire, exutoire ô combien nécessaire pour se refaire une santé émotionnelle. Alors peut être que le PFU est une organisation imparfaite, mais elle est en devenir (c’est ce qui fait tout son charme). Peut être qu’on ne maximise pas le temps, peut être qu’on ne structure pas assez et qu’on ne travaille pas suffisamment en synergie pour mutualiser les compétences. Mais trêve de galigeades inutiles (néologisme destiné au petit limu), car il y a des idées, des objectifs et de la motivation pour travailler ensemble et surtout pour se mettre au service des agriculteurs et non à son propre service: à défaut de désirs d’avenirJ, on a beaucoup mieux : nous avons une vision d’avenir ! Moi, je trouve que c’est déjà un point de départ important, que dis-je !,… un acquis fabuleux étant donné la situation et quand on connaît un peu le vaste champ d’organisations palestiniennes inutiles qui peuplent le paysage du captage des fonds internationaux. Mieux vaut travailler sans se prendre au sérieux que sérieusement se prendre la tête sans jamais se mettre au travail (remarquez la finesse de cette phrase).

 

Voilà pourquoi le PFU, sous ses faux airs de petit syndicat palestinien, n’en a pas moins réussi à mettre sur pied et sur champ le plus important et cohérent programme oléicole de Palestine destiné à soutenir les coopératives d’oléiculteurs pour qu’enfin, soit reconnues la valeur et l’inégalable qualité organoleptique de la meilleure huile d’olive du monde … je trouve qu’on ne vante jamais assez l’huile d’olive palestinienne, c’est pour cela que je vous en ai remis une petite couche. Le jour ou vous serez saoulés : vous irez faire croire à d’autres que l’abus d’huile d’olive est dangereux pour la santé : à consommer sans modération !

Par Clairou
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Jeudi 11 octobre 2007 4 11 /10 /Oct /2007 17:32

Avi Dichter dit que le Mouvement de la résistance islamique "n'est plus une organisation terroriste mais une armée de terroristes composée de 15 000 hommes, qui est organisée de la même manière que le Hezbollah au Liban et derrière lesquels se trouve l'Iran, qui agit par procuration".

Ce à quoi on peut facilement répondre que l’armée israélienne n’est plus une armée mais une organisation terroriste qui est organisée de la même manière que l’armée américaine en Irak et derrière laquelle se trouve toute l’hypocrisie du monde dit libre, qui agit par lâcheté.

 

Avi Dichter affirme aussi qu’une retrait de la Cisjordanie est impensable et qu’ « Israël ne peut pas prendre ce risque et personne ne peut le prendre. Ce sont nos maisons, nos familles, nos enfants, nos rêves, notre avenir qui en dépendent. »

En réalité, Israël ne veut pas assumer ses responsabilités et personne ne veut l’encourager à le faire. Ce sont les maisons, les familles, les enfants, les rêves, l’avenir des palestiniens qui en sont les victimes aujourd’hui.

 

Avi Ditcher pense qu’Israël « ne peut plus tolérer la culture du "yani", cette manière palestinienne de dire ni oui ni non. Depuis les accords d'Oslo en 1993, nous en avons trop souffert." Et il ajoute également : "On veut désormais une culture des faits et de l'action. Il n'est plus question d'observer ce qui se passe depuis le balcon. Il faut descendre sur le terrain »

On peut aussi considérer que les palestiniens ne peuvent plus supporter la culture de la violence, cette manière israélienne d’humilier et de tuer. Depuis l’occupation israélienne, ils en ont trop souffert et en souffrent toujours. Par ailleurs, les palestiniens attendent aussi une culture des faits et de l’action. Il n’est plus question de mentir depuis le balcon. Il faut dire la vérité sur ce qui se passe sur le terrain.

 

Avi Ditcher estime que la tranquillité des citoyens israéliens n'a pas de prix.

Pourtant les palestiniens ne connaissent que trop bien son coût humain. Mais une vie palestinienne ne vaut rien pour Avi Ditcher.

Par-dessus tout, ce qui préoccupe Avi Dichter est le manque de volonté des Egyptiens de cloisonner la frontière sud de la bande de Gaza pour empêcher la contrebande et l'introduction d'armes. Il ne comprend pas pour quoi les autorités du Caire n'agissent pas, car, dit-il, si "elles le voulaient ce serait fait en une seule journée". Cela permettrait de réduire la capacité d'action du Hamas.

Pourtant, ce qui préoccupe beaucoup de Palestiniens, c’est le manque de volonté des Israéliens de laisser passer les vivres dans la bande de Gaza pour empêcher l’aggravation de la crise humanitaire. Ils ne comprennent pas pourquoi la communauté internationale n’agit pas, car, pensent ils, si elle le voulait ce serait fait en une journée. Cela permettrait de réduire la capacité de nuire d’Israël.

Avi Dichter est de toute façon radicalement opposé à un dialogue avec les islamistes du Hamas tant que ceux-ci tiennent "un langage de nazis, puisqu'ils veulent rayer Israël de la carte et tuer les juifs parce qu'ils sont juifs".

Les palestiniens ont du mal à voir les israéliens autrement que comme des bourreaux tant que ceux-ci tiennent le langage des armes puisqu’ils ne veulent pas voir émerger la Palestine sur la carte et qu’ils tuent les palestiniens parce qu’ils sont palestiniens.

Par Clairou
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Dimanche 7 octobre 2007 7 07 /10 /Oct /2007 16:43

La rupture du jeûne est un moment fantastique surtout quand on est invité pour un iftar dans une famille palestinienne. C’est  sans aucun doute vers 17h45 que je prends mes meilleurs repas ici. Au-delà de la police des mœurs et du jeu de cache-cache pendant le Ramadan pour boire et manger la journée, il faut aussi savoir que le Ramadan, c’est un peu Noël, sauf que ça dure un mois (évidement ce n’est pas la seule différence, mais c’est pour vous mettre dans l’ambiance). Les maisons sont garnies de loupiottes, les enfants reçoivent des cadeaux et les rues sont noires de monde le soir après l’iftar. C’est donc aussi une fête, un moment de convivialité et de partage. Les vendredis sont assez fous, surtout au checkpoint de Qalandia car tous les palestiniens musulmans souhaitent aller prier à Jérusalem. Mais ce n’est pas possible parce qu’ils vont tous aller mettre des bombes alors, heureusement qu’il y a des soldats pour les empêcher d’aller prier.

Un soldat israélien, c’est un homme ou une femme souvent pas encore tout à fait adulte qui est habillé en vert kaki avec un casque, des petites grenades autour de la ceinture et un gros fusil sur l’épaule. Le soldat se caractérise par la bande qui est avec lui et qui lui est semblable. Son travail consiste à arrêter les palestiniens, à leurs poser des questions débiles (souvent), à les humilier (parfois, enfin le checkpoint est une humiliation en soi), à ralentir la circulation (toujours) et à refouler ceux qui ont vraiment pas une tête convenable selon des critères qu’il a lui-même élaboré (autant dire qu’il s’agit d’une question d’humeur). Le soldat a donc un pouvoir énorme dont il use à sa guise pour faire respecter l’injustice et l’arbitraire. C’est la raison pour laquelle il est là. Cet homme ou cette femme est donc un être humain qui joue à être un bourreau, parce que le service militaire est obligatoire en Israël, parce que la famille n’accepterait pas qu’il en soit autrement, ou parce que la question ne se pose pas, tout simplement et pour un tas d'autres raisons qui m'échappent. Au final, cet être de conscience fait le choix d’être un être stupide. Car c’est toujours une question de choix au final et je ne dis pas que le choix soit facile. Simplement, certains israéliens choisissent de refuser l’enrôlement dans l’armée. Et c'est une vraie liberté.

Oui, bien sûr, qui suis je pour juger ? Il peut être très difficile de faire un tel choix. ça implique parfois d’être mis au ban de la société, d’être rejeté par sa famille, d’être considéré comme un traitre. N’empêche que certains israéliens font ce choix et il faut le rappeler. D’autant plus que je ne sais pas ce qui est le plus supportable quand on y réfléchit bien : devenir un moins que rien aux yeux des autres ou être un lâche à ses propres yeux ? C’est une question. Encore une fois, il est simple pour moi de critiquer tout cela. Je me permets peut être de parler de choses que je ne connais pas. Moi, je vois juste des choses aux checkpoints qui me font penser que ça tourne pas rond dans la tête de certains soldats. C’est tout. Le reste ne m’appartient pas. 

En fin de compte je ne sais pas ce qui me fait le plus peur: le soldat qui ne se pose même pas la question et qui ne remet rien en cause ou celui qui s'est torturé l'esprit en choisissant tout de même de porter le costume kaki et ses accessoires ? Peut on vraiment considérer que le premier ne sait pas ce qu'il fait ? c'est assez insultant si je le considère comme mon égal. Peut on vraiment justifier le choix du second ? Pas vraiment non plus. Ou est donc la clef de tout cela ?

Par Clairou
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Dimanche 7 octobre 2007 7 07 /10 /Oct /2007 15:44

Je suis ici depuis maintenant plus de 4 mois et la photo d’entrée de mon blog ne correspond plus à ce que je ressentais avant mon départ. C’est la raison d’être de ces trainées grises immondes qui sont apparues sur mon rêve. C’est très moche, je sais. Comme ce Mur moche qui le restera toujours pour les palestiniens. Pourtant je n’ai pas choisi de changer la photo parce que je l’ai aimé à un moment donné, j’en ai rêvé même. Ça fait déjà un moment que je rêve différemment mais cette photo avait pour moi une signification. Alors, je ne l’ai pas changée. J’ai gardé le rêve, j’y ai juste ajouté une couche de réalité. D’où le gris immonde, d’où l’entrée du blog très laide. Mais la réalité est parfois très laide aussi.

En allant à Qireh et Deir Istya la semaine dernière, j’ai pris cette décision. Je me suis retrouvée au milieu de ces hommes et femmes palestiniens et j’ai partagé une nouvelle fois leur quotidien : il y avait à nouveau des trainées grises dans nos conversations, dans le paysages qui s’offraient à moi et, même dans les jeux des enfants. Il fallait bien les ajouter au tableau. Je sais depuis longtemps que mes amis palestiniens ne supportent pas cette photo. Il fallait donc que je mette fin à cet affront, ne serait ce que par respect. C’est chose faite.

Par Clairou
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Mardi 2 octobre 2007 2 02 /10 /Oct /2007 16:40

Par la présente, je demande, pour des raisons de conscience, à être libéré de mon enrôlement au sein des Forces de Défense Israéliennes, et autorisé à effectuer un service alternatif indépendant de l’armée. Au cas où je ne serai pas autorisé à être exempté, je me verrai dans l’obligation de refuser de servir. J’ai pris cette décision durant ces six derniers mois, après de longues hésitations, avec la conscience grandissante que, quelle que soit ma décision, elle ne sera pas parfaite, mais seulement la meilleure possible vu la situation complexe qui règne actuellement dans notre pays. Une étude approfondie de tout ce qui s’est passé, et qui continue à se passer dans notre région, m’a conduit à réaliser que cette décision de refus est légitime et même nécessaire. Il ne s’agit pas d’un acte de subversion dirigé contre les fondements même de la démocratie. Les principes de la « seule démocratie du Proche-Orient » sont devenus vides de sens puisqu’ils piétinent les droits d’environ trois million de personnes et, qu’indirectement, ils s’apprêtent à détruire les bases mêmes sur lesquelles l’Etat d’Israël est censé être fondé.

Il y a deux ans, lorsque j’ai reçu mon premier ordre de recrutement, il était tout à fait clair pour moi que j’allais servir dans les FDI. Bien sûr, je portais un regard critique sur le système militaire, mais je ne considérais pas le refus ou l’éventualité de me soustraire au service comme une option possible. Mes parents m’ont élevé dans les valeurs de l’égalité et de la tolérance. L’importance d’accepter « l’Autre » y était fermement implantée. Mais jusqu’il y a un an, je n’avais pas une connaissance solide de l’occupation israélienne, de sa dureté et de son impact sur nos deux nations entremêlées, et donc je ne pouvais pas voir le système militaire comme un instrument qui, tel qu’il fonctionne actuellement, est en complète opposition avec les valeurs que mes parents m’ont enseignées.

Alors que j’étais encore au lycée, je vis le film de Muhammad Bachri, Jénine, Jénine. Ce film m’affecta profondément. Il me bouleversa et m’effraya, car il me fit comprendre en quoi consiste l’occupation israélienne et ce qu’elle signifie. Et cependant, à ce stade, je pensais encore m’enrôler. Depuis lors, j’ai beaucoup lu sur le sujet, je me suis rendu de à nombreuses reprises dans les Territoires Occupés, je me suis engagé bénévolement dans Halonot ( Fenêtres), une organisation qui favorise la coopération entre jeunes Israéliens et Palestiniens et qui effectue un travail humanitaire dans les Territoires Occupés. J’ai participé à diverses activités de Ta’ayush’ et j’ai été témoin du travail de ma mère aux checkpoints. Etant devenu témoin de la routine quotidienne de l’occupation, j’ai réalisé que je ne vivais pas dans un pays civilisé qui mène une guerre légitime contre son ennemi, mais au contraire dans un pays qui crée une ségrégation ethnique entre les populations, ce qui fait que certains jouissent des droits de base, alors que les autres sont privés des droits les plus fondamentaux.

D’une certaine manière, lorsque je me rendais aux checkpoints, il m’était bien plus difficile d’en surveiller un qui « fonctionnait bien » que d’être présent à un endroit « problématique » où les soldats des FDI agissent plus violemment que de coutume, incitant donc les militants des droits humains à intervenir. Lorsque j’ai constaté qu’un garçon qui venait juste de terminer son lycée appelait le suivant dans la file, l’enjoignant avec une expression condescendante d’ouvrir son sac, j’ai perçu la vérité silencieuse, la vérité de l’occupation : des garçons de 19 ans qui dominent une population entière, hommes, femmes et enfants.
Les crimes dont on entend parler, de temps en temps, lorsqu’un soldat agit de telle ou telle façon, ne sont rien d’autre que la conséquence inévitable de l’occupation.

Le pire crime dans notre pays, aujourd’hui, c’est la domination et l’oppression exercée sur le peuple Palestinien par le peuple Israélien. Qu’un soldat de 18 ans décide, de son propre chef, quand, comment et qui il va contrôler : que ce même soldat de 18 ans pointe son fusil sur une population impuissante, voilà ce qui constitue le véritable crime, le crime commis par l’Etat, et contre lequel je proteste.

Une expérience me donna un aperçu de l’arrogance et du racisme avec lesquels nous agissons, lors d’une conversation avec un soldat à un checkpoint de la ville de Qalqilya complètement enclavée par le Mur. Contrairement aux autres soldats, il semblait humain, dépourvu d’agressivité. Je fus curieux de connaître ses opinions. Il me déclara qu’il se trouvait à ce checkpoint pour « que les choses se passent de manière plus humaines ». Il dit aussi qu’il ne se préoccupait pas des raisons pour lesquelles l’Etat l’avait posté à ce checkpoint-là, et qu’il s’adressait à la population palestinienne avec grand respect. Et il ajouta une phrase qui me choqua : « Lorsque je parle avec respect à un père palestinien, me dit-il, les enfants de cet homme apprennent à le respecter ». En d’autres mots : les enfants palestiniens ont besoin que les soldats des FDI leur apprennent comment se comporter respectueusement envers leurs parents.

Il n’existe aucune justification, en aucune circonstance et en aucun cas, qu’une nation soit dominée, respectivement occupée, par une autre. En ces moments historiques, un individu sain d’esprit doit s’insurger contre le système qui rend possible l’oppression actuelle. J’ai l’obligation morale – ce n’est pas un choix mais une obligation – de refuser de participer à l’occupation et de lutter contre les institutions qui bafouent les droits de l’homme les plus élémentaires. Toute personne saine d’esprit, qui n’a pas encore été complètement envahie par la peur et le racisme, doit, de par sa dignité d’être humain, refuser de participer à un système d’occupation et d’oppression, tel que le sont devenues les Forces de Défense Israéliennes.

Je ne me soucie pas des croyances des Palestiniens, je ne me soucie pas de savoir quel régime ils soutiennent, ni jusqu’à quel point ils luttent pour les droits de l’homme – je n’ai pas le droit de les contrôler et je ne suis pas autorisé à les oppresser. Je pense que nous trouvons tout à fait naturel de voir les Arabes souffrir. Vraiment, c’est aussi simple que cela. Je crois que les mêmes raisons, la même mentalité étriquée et la même haine avec lesquelles j’ai été nourri par les médias ont fait que longtemps, trop longtemps, je n’ai pas compris la relation entre l’occupation et Israël. Et je n’ai pas compris la dureté des actions que mon pays entreprend contre le peuple Palestinien. Je n’ai pas compris que la majorité des Palestiniens ne connaissent rien d’autre qu’une vie remplie de checkpoints, de bulldozers, d’arbres déracinés, d’humiliations et de meurtres. C’est seulement en me rendant aux checkpoints et dans les Territoires Occupés que j’ai réalisé qu’ils étaient simplement des êtres humains, juste comme moi. Et même moi éduqué à croire que tous les êtres humains sont égaux, et informé par mes parents que tous les Arabes ne sont pas des terroristes, je n’avais pas vraiment compris cela profondément. Jusqu’à ce que je me rende dans les Territoires Occupés et que je vois ce qui se passe là bas.

Je crois que si d’avantage d’Israéliens, jeunes gens et jeunes filles, se rendaient avant leur conscription dans les villages palestiniens sous occupation israélienne, le nombre des appelés qui refusent augmenterait. Beaucoup plus de gens réaliseraient combien leur éducation a été biaisée par le système scolaire et par les médias. Beaucoup moins de gens accepteraient le service militaire comme notre devoir évident, et peut-être verraient-ils que cette armée n’est plus une « force de défense » mais qu’elle est devenue une force d’occupation.

Au cours de 37 années d’occupation, nous sommes devenus graduellement plus violents, plus méprisants et plus racistes envers la culture arabe. ;;;


D’une certaine manière, j’ai été moi aussi, je pense, affecté par la maladie de la peur, une maladie qui mène au racisme et à la violence. Mais ayant grandi dans une maison et un environnement plutôt humain, cette maladie est restée en veilleuse, jusqu’à ce que je voie des mes yeux comment vit le peuple Palestinien.

Lorsque que je me rendis pour la première fois dans les Territoires Occupés, visitant deux villages, le groupe avec lequel je voyageais et moi même fumes accueillis avec une grande joie, comme des sortes d’émissaires. Des écoliers montèrent même un spectacle spécialement pour nous. Je me souviens très bien comment un des garçons me serra dans ses bras lorsque nous fîmes connaissance, et voulu me montrer quelque chose. Je refusai d’aller avec lui. Je refusai poliment, mais je refusai, j’avais peur.

Je suppose qu’une partie de ma peur était liée au choc que je ressentis en observant la destruction et la souffrance qu’ils vivaient. Mais en grande partie, c’était ma peur de la différence. En dépit de l’éducation reçue de mes parents, en dépit des valeurs auxquelles je tenais moi même, et que je mettais en pratique, j’étais touché par cette dangereuse maladie. Je crois que cette maladie ne peut être évitée : elle nous contamine à travers les médias, le système scolaire, l’environnement israélien et par l’ombre pesante projetée par des générations de gouvernements israéliens qui nous ont plongés dans ce terrible racisme. Nous sommes tous infectés par la même maladie qui nous permet d’être sereins face à l’occupation israélienne.

Beaucoup de gens utilisent les attaques terroristes comme prétexte à l’occupation. Comme si les Palestiniens étaient des terroristes et que nous soyons contraints de poursuivre les punitions collectives pour l’intérêt de la sécurité d’Israël. Je ne pense pas, dans le cadre de ces commentaires, qu’il soit nécessaire de clarifier comment la sécurité, les conditions sociales et économiques du pays ont été corrodées, et comment l’occupation est l’un des facteurs centraux de ce processus de déclin.

Je voudrais dire, dans ce contexte, que chaque pays possède toutes sortes d’organisations, certaines modérées, d’autres radicales. Les organisations terroristes palestiniennes pourraient être comparées aux colons israéliens, à la Kahane ou au mouvement Herut. Dans les pays civilisés, ce sont les organisations modérées qui gagnent la sympathie de la majorité du public. C’est plutôt dans un pays sous occupation que les organisations radicales vont se renforcer . Comme parmi d’autres nations, il existe des organisations radicales aussi chez les Palestiniens. La question n’est ce pas de savoir pourquoi elles gagnent tant de pouvoir ? Il me semble que c’est le résultat d’une situation dans laquelle une population souffre de l’occupation. Beaucoup de gens qui subissent une humiliation quotidienne vont devenir frustrés et tendre à la violence, ou du moins la soutenir. Bien entendu, dans une telle situation, le soutien à la paix et à la résistance contre la guerre vont s’amenuiser.

Quand un jeune de mon âge – ou même plus jeune - est prêt à se mettre une ceinture d’explosif et à se suicider, tuant avec lui beaucoup d’autres gens innocents, je dois me demander pourquoi. Pourquoi veut-il me tuer, moi un Israélien, et pourquoi est-il prêt à se suicider pour cela ? Car ce jeune homme a encore toute sa vie devant lui. Cependant, alors que je peux imaginer devant moi ces années durant lesquelles je pourrai voyager, tomber amoureux, étudier et me cultiver, ce jeune homme est déjà sans espoir. Sa vie est une histoire connue d’avance. C’est une vie de souffrance quotidienne, permanente. Une vie sous occupation.

Je ne veux d’aucune façon approuver un tel acte, je ne veux pas le justifier non plus. Ce que je demande est de réfléchir à son existence réelle, d’essayer de comprendre comment cela devient possible, d’essayer de comprendre les origines de cette grande haine à notre égard parmi le peuple Palestinien.Un argument fréquent à l’encontre des jeunes résistants palestiniens est que leur acte est politique, et donc non autorisé. Il est vrai que tous ces sujets ont une signification politique, mais ceci ne justifie pas une occupation perpétuelle.

Je présume que l’Etat d’Israël n’a jamais attaché la même importance au sang palestinien que celle qu’elle accorde au sang israélien. Mais désormais, le sang palestinien n’a plus de valeur pour nous. Ni pour le gouvernement, ni pour les soldats, ni pour la majorité des gens. Le sang palestinien n’a absolument aucune importance.

Puisque nous, nation occupante, portons une responsabilité significative envers les vies de million de Palestiniens, et parce que nous n’accordons pas d’importance à la valeur de leurs vies, le véritable résultat pour les habitants de Palestine est manifeste. Combien de sang a été gaspillé, et quelle lourde responsabilité je porte, moi citoyen israélien, dans ce carnage « où l’intelligence s’est abaissée jusqu’à se faire servante de la haine et de l’oppression » ?

Dans un article de Haaretz, Seev Sternhell écrit ce qui suit : « il n’y a aucun doute quant à la responsabilité d’Israël d’avoir lâché une bombe d’une tonne sur un immeuble résidentiel tuant 14 civils dont neuf enfants , le 22 juillet 2002 à Gaza, mais ceci n’en fait pas un acte légitime et ne supprime pas l’inquiétude concernant la perpétration d’actes criminels sponsorisés par l’Etat .

Durant des années, j’ai toujours pensé servir dans les FDI et n’ai pas mis en cause ce projet. Mais maintenant je sais que le gouvernement d’Israël agit de manière non démocratique et immorale, et je suis incapable de participer à un système qui exerce l’oppression sur une autre nation. L’obligation morale de refuser de participer à ces crimes dépasse mon obligation de citoyen à servir dans l’armée. De surcroît, en tant que citoyen soumis à la loi, j’ai l’obligation de donner la priorité aux valeurs dans lesquelles j’ai été éduqué – les valeurs de la démocratie – par rapport aux valeurs du gouvernement en place. J’ai même l’obligation d’examiner si les valeurs qui m’ont été enseignées dans mes manuels scolaires sont cohérentes avec la réalité dans laquelle nous vivons.


Et Zeev Strenhell dit encore dans l’article susmentionné : « notre politique culturelle a été et demeure sous divers aspects une culture de troupeau. Les Israéliens, par instinct, doivent faire partie de la société, d’un groupe, et le fait d’accepter sans se poser de questions les normes du groupe dominant – quel que soit l’aspect destructif qu’elles puissent prendre – est un modèle normal de comportement » .

Lorsqu’on en arrive à ce point là, je ne dois compter que sur moi même. C’est à dire que je ne peux accepter sans esprit critique une demande, la conscription, qui est considérée comme évidente, juste parce qu’elle m’a été imposée par le gouvernement, ou juste parce que la « société » a décidé que c’est la bonne chose à faire . Nous avons été témoins, par le passé, d’actes plus terrifiants que la présente occupation . Ces actes ont été commis au nom d’un gouvernement et avec l’approbation publique, et avec le soutien de la société. Cela ne signifie pas que ces actes en étaient pour autant légitimes, normaux, autorisés, etc.

Bien entendu, je ne crois pas un seul instant qu’en refusant de faire partie du système militaire je suis dégagé de toute responsabilité par rapport à tout ce qui se passe ici, et donc innocent. Mais les FDI sont l’instrument le plus actif utilisé par le gouvernement pour exécuter les crimes mentionnés ci dessus, et pour poursuivre cette occupation intolérable. Et voilà que je suis appelé à prendre une part active à ce système. Je considère chaque rôle militaire – qu’il soit un service de combat aux checkpoints ou un travail dans les bureaux militaires de Tel-Aviv – comme complice du crime qui est entrain d’être commis ici.
« la noblesse de notre métier s’enracinera toujours dans deux engagements, difficiles à maintenir : le refus de mentir sur ce que l’on sait, et la résistance à l’oppression ».

Le 20 décembre 2003.

Par Clairou
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