Tout est possible, même le pire. Nous le savons bien. J'ajouterai également, surtout le pire. Pourtant l'Histoire nous a montré qu'à défaut d'avoir un sens, elle nous réserve parfois de bonnes surprises parce qu'à un moment donné, il y a des Hommes qui ont imaginé, pensé et agit dans un sens que justement, personne, n'aurait soupçonné.
Puisque je vis avec un Mur et avec tout ce qu'il représente d'injuste d'arbitraire et d'absurde, je ne peux pas m'empêcher, comme beaucoup d'autres, de penser à un autre Mur, aujourd'hui détruit mais qui contenait une charge symbolique, certes d'une autre époque, mais pas si éloignée de ce Mur qui se présente à moi en Terre Sainte.
Ainsi, parce que je ne peux pas contenter mon esprit avec de l'espoir et parce que mon impuissance a quelque chose de pathétique, j'ai choisi de regarder l'avenir ici, à la lueur de ces surprises passées en me disant que seuls les imbéciles ne croient pas aux évènements qui peuvent tout faire basculer. C'est certainement très naïf, mais j'ai la fâcheuse tendance à croire beaucoup plus dans les Hommes (qui ne me méritent pas d'ailleurs) qu'en un quelconque Dieu ou Sauveur de l'Humanité.
Ne me dites pas que ce professeur d'Harvard qui répétait, 2 jours avant la chute du Mur de Berlin que le régime communiste avait encore de beaux jours devant lui, savait quelque chose de plus que moi et que vous. Il n'était pas le seul. Tout le monde s'accordait pour dire comme lui. Il a juste fallu qu'il le dise lors d'une conférence 2 jours avant la chute inattendue pour que sa carrière en fut à jamais détruite.
Personne ne s'y attendait en 1989 à Berlin, plus personne ne croit à une amélioration ici en 2007. Mais qu'en savons nous après tout ? C'est cette idée qui me pousse à faire quelque chose avec mes petits moyens. Alors bien sûr, c'est un peu fadasse et tellement commun. On ne construit pas grand chose la dessus me diront certains. C'est assez pauvre comme base me diront d'autres. Oui, peut être, j'en conviens. Il y a tellement de choses à faire, regardons déjà chez nous.
Oui, c'est sûr. Mais si vous me demandez si ça sert à quelque chose d'être ici au final, j'ai la certitude, et je dis bien, la certitude (chose incroyable dans ce monde de doutes), que c'est très utile (en toute humilité bien sûr) et parce que mon passeport "d'occidentalé" est un luxe dans ce monde de brutes (et de semi-brutes avec tout de même des coins de douceurs), je ne vois pas pourquoi je ne m'infligerai pas la douleur du choix là ou j'ai le privilège de pouvoir me déplacer et d'aller voir ce que je veux, ou je veux quand je veux.
Comment saurions nous par exemple, qu'hier soir, à Ramallah, près du quartier chrétien, 6 jeeps de soldats israéliens sont arrivées vers 1h à la recherche des terroristes coupables de résister ? Comment pourrions nous savoir qu'il ont balancé des bombes assourdissantes, juste pour nous détruire un peu plus psychologiquement chaque nuit avec cette impression de recevoir une roquette dans nos chambres? Qui nous aurait dit qu'il s'agissait d'une de ces incursions quotidiennes de l'armée israélienne, qui n'ont malheureusement rien d'exceptionnelles mais qui font partie de ce pack sécuritaire si propret et si légitime aux yeux de certains ? Qui nous aurait dit que ces mêmes soldats venus ici hier soir se sont fait plaisir en jouant sur la gachette. Comment saurions nous, enfin, qu'un jeune palestinien, un adolescent de 16 ans, est tombé sous les balles israéliennes à 2 heures du matin cette nuit à Ramallah ? Mon passeport me permet de savoir tout cela.
C'est étrange mais le passeport de Bernard ne lui donne pas ces informations. Ce n'est pas Bernard qui nous aurait dit tout cela la semaine dernière, lui qui, d'une façon plus que condescendante et suffisante, a parlé "d'une idée d'Etat palestinien", (une idée d'Etat palestinien !), pour les semaines qui viennent parce que je cite et, tenez vous bien, "mes amis, je sens quelque chose"... Pourtant détrompez vous et croyez bien que j'espère me tromper en relatant les discours de Bernard de cette façon peu flatteuse. Je donnerai n'importe quoi pour être ce professeur à Harvard...
De la même façon, on peut aussi me dire qu'il ne sert à rien d'aller construire une école dans un village togolais perdu au milieu de nulle part surtout quand les gens ont à peine de quoi se nourrir. Oui, bien sûr. Cependant, je repense toujours à cet ami qui me disait que même pour un seul enfant qui ira jusqu'au collège et au lycée, ou même qui n'ira nulle part mais qui aura juste eu l'opportunité d'avoir accès au savoir élémentaire, même pour un seul enfant ça vaut le coup. Et au risque de paraître donneuse de leçon, on ne changera rien le cul assis dans une chaise (et cela vaut aussi pour mon cul, je vous rassure). Alors, même si on est maladroit, je pense qu'il vaut toujours mieux vivre avec des échecs qu'avec une conscience bourrée de remords et de regrets.
Plus facile à dire qu'à faire me direz vous: ...je vous le concède volontiers.